La prochaine conférence des Amis des Musées de Châteauroux aura lieu le jeudi 21 mars 2024, à 18H30, à la Chapelle des Rédemptoristes (rue Paul-Louis Courier, Châteauroux). Elle sera présentée par Alberto PIRRO.
Doctorant à l’université de Naples « Frederico II », Alberto PIRRO étudie la figure du sculpteur Carlo Marochetti (1805-1867) à travers ses commandes publiques pour les Cours de Sardaigne, de France et du Royaume-Uni.
La conférence portera sur l’histoire de la statue du Général Bertrand, actuellement érigée dans la cour du Musée Bertrand : « La double vie du Général. Genèse, difficulté et conséquences du monument à Henri-Gatien Bertrand par Carlo Marochetti (1844-1846) »
L’histoire de la création d’un monument dédié au général est complexe et très articulée. La souscription attira de nombreux donateurs, plus ou moins prestigieux, qui, du pays tout entier, souhaitaient participer avec des témoignages de générosité. Malgré l’absence d’un concours public, l’idée d’associer son propre nom à une telle œuvre attira l’attention de beaucoup, à l’échelle nationale: de la capitale, en effet, plusieurs artistes ont spontanément envoyé des maquettes et des projets concernant de possibles structures, formes et fonctions de la sculpture.
Après avoir écarté plusieurs hypothèses intéressantes, dont l’une envisageait le monument imaginé comme une copie de la Fontaine Molière de Bernard-Gabriel Seurre (1844), la commission se tourna vers Carlo Marochetti (1805-1867), un sculpteur piémontais, mais français de formation, qui commençait à se faire une réputation sous le règne de Louis-Philippe, grâce à la notoriété précoce que lui apportèrent plusieurs commandes : entre autres, l’Emmanuel Philibert à Turin (1831-1838), le bas-relief de la Bataille de Jemappes pour l’Arc de Triomphe (1833-1834) et le Maître-autel de la Madeleine à Paris (1836- 1843). Après avoir approuvé le projet à l’unanimité, l’artiste franco-piémontais reçoit officiellement la commande de la ville en décembre 1844. Alors que l’inauguration est fixée au 1er mai 1846, la fonte du bronze est finalement confiée aux fondeurs Eck & Durand, comme le rappelle l’inscription à la base de la sculpture : avec une rapidité surprenante, en un peu plus d’un an, le monument à Bertrand était terminé.
Cependant, les choses semblent prendre une tournure inattendue : l’œuvre achevée ne semble pas satisfaire la commission, qui s’opposa à sa mise en place. En 1847, la même commission s’empresse de s’adresser à un autre artiste, François Rude (1784-1855), pour lui demander «dans des circonstances inattendues» une nouvelle statue du même sujet : l’œuvre de Rude sera ensuite érigée sur la place Sainte-Hélène à Châteauroux et inaugurée le 2 juillet 1854.
Dans cette perspective, le silence critique de la presse locale se révèle encore plus singulier, par rapport à d’autres créations de Marochetti souvent l’objet de critiques acerbes : face à l’énorme participation de la ville, on ne trouve aucune information sur le sort de l’œuvre de Marochetti, laissant sans réponse le silence documentaire concernant les raisons de l’abandon d’une statue qui était alors achevée et payée. Selon certains témoignages, le bronze refusé aurait donné lieu à un litige juridique entre le sculpteur et la commission, profondément déçue. Après des années de diatribes, Paul Bertrand-Boislarge, frère du général, aurait voulu mettre fin à l’amertume en achetant la sculpture pour la placer dans le parc du château de Touvent. Ce n’est qu’en 1921 que l’œuvre de Marochetti fut rendue à la ville, placée dans la cour du musée Bertrand, où elle peut encore être admirée aujourd’hui.
Cette présentation entend approfondir l’histoire complexe de la commande, à partir de la première reconstruction fait par Bertrand Tillier (1994), pour tenter de retracer le destin parallèle de deux œuvres qui restent profondément liées – celle de Marochetti, d’une part, et celle de Rude, d’autre part – alors même qu’elles présentent des éléments stylistiques, iconographiques et artistiques presque opposés. Les deux sculptures, en effet, semblent provenir de mondes différents, bien qu’elles aient été exécutées à quelques années de distance : celle du sculpteur piémontais est plus humainement attentive aux données de la réalité, tandis que celle du maître de Dijon est plus raffinée en termes d’esprit et de sentiments poétiques.
À partir du monument au général Bertrand, on pourra également mieux définir le rôle de Marochetti dans l’histoire de la sculpture française du début du XIXe siècle, c’est-à-dire souligner comment l’artiste est parvenu à codifier des éléments récurrents que l’on retrouvera plus tard dans de nombreuses autres oeuvres françaises consacrées aux Grands Hommes. En ce sens, une comparaison semble inévitable, d’une part, avec les deux autres monuments chronologiquement les plus proches de la statue de Bertrand, celui de Claude-Louis Berthollet (1842-1844) à Annecy et celui de La Tour d’Auvergne (1838-1842) à Carhaix et, d’autre part, avec les réalisations ultérieures d’hommes illustres, disséminées non seulement sur le territoire français, mais aussi et surtout au Royaume-Uni.
Entrée libre, à la Chapelle des Rédemptoristes. La conférence sera suivie du traditionnel pot amical.



